La poste : son réseau, son histoire - Au temps des relais - Page 1/4 - <Page précédente>  - 1 - 2 - 3 - 4 - <Page suivante>
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Moulins-Engilbert, un jour de 1770. Nous sommes sous Louis XV. La population des vassaux, commis, notaires, manants, greffiers, vaguemestres, prévôts, baillis et huissiers venus du bourg et des paroisses voisines attend fébrilement l’arrivée de la malle-poste en provenance de Cercy ou de Decize, prévue dans la soirée à la hauteur de la Corvée. Personne ne sait quant elle arrivera... mais elle arrivera. Le Maître Postal des lieux les avait dûment convoqués par tous les moyens au cas où... Tout d’un coup, un cor retentit au loin, sur la montée des Marbres vers le Gros Chêne (la route d’Autun n’existe pas encore), c’est l’instrument du postillon qui s’annonce, le véritable gardien, botté et costumé, des courriers, des colis et, parfois, des passagers - jusqu'à quatre au grand maximum - transportés dans la malle-poste. C’est la Poste aux Chevaux, celle qui hérite pratiquement du système des coursiers mis en place sous Louis XI dans nos campagnes. Cette scène, nous pourrions la transposer dans une gare des premiers chemins de fer : si tant est que le mot « poste » viendrait du bas latin « posta » qui voulait ni plus ni moins dire une gare ou une station à chevaux. Nous sommes ici dans un relais postal de petite taille et la Corvée, construite en 1714 à proximité de l'ancienne voie gallo-romaine de Moulins à Château-Chinon, aux temps de la Ferme des Postes, créée en 1672, et dans les premières années des diligences postales, en est l’un des principaux, entre Clamecy et Decize, parmi les mille-quatre-cents construits sur le Royaume, près de Moulins-Engilbert encore toute emmurée. Ce relais accueille également les coches, l’équivalent de nos camions actuels et trains de marchandises, et les diligences, l’équivalent de nos trains de voyageurs ou de nos autocars. La malle-poste arrivée - on l’appelle aussi la brouette car elle n'a générlement qu'un seul essieu - , l’échange des chevaux se fait à ce moment-là (tout comme on recharge les locomotives) dans la cour de l’étable par les palefreniers et les corvéables alors que le Maître des Postes, le sieur Leberton, parfois sous le contrôle d’un employé de la Ferme, se fait remettre dans sa maison - qui fait également office de bureau - les courriers et colis avant de les faire payer à leurs destinataires - car, en ce temps-là, seuls les destinataires payent et, plus l’origine du courrier est lointaine, plus le poids est élevé, plus le destinataire paye ! Bien-sûr, il y a des exceptions : les seigneurs et autres notables échappent au port dû ! Mais, dans l'ensemble, jusqu'à la fin de leurs privilèges en 1792, les Maîtres de Poste, qui échappent à la taille et autres charges royales et seigneuriales, ainsi qu'à celle de loger les militaires, se constituent des fortunes considérables avec la location des chevaux car, au temps de l'exclusivité de la correspondance papier, les Postes sont très rentables ! Bien que nous n'ayions pas de témoignages avant la Révolution, celui de Moulins-Engilbert ne doit pas avoir une très bonne renommée... C'est, à n'en pas douter, un riche laboureur exerçant son activité en vertu d'un brevet, strictement personnel et non négociable, délivré par l'Autorité de tutelle, bien que la rumeur, peu amène envers le Maître, nous ait laissé des traces de marchandage... Bref, en théorie, ce brevet est transmissible de père en fils ou entre époux si l'un d'eux vient à mourrir, et la fonction postale ne s'éteint pas avec la disparition d'un des titulaires familiaux ou ayant-droit.
La scène peut durer une demi-heure après l’échange des chevaux et la remise du courrier gouvernemental adjoint de quelques plis particuliers, et le départ à nouveau de la malle vers Château-Chinon, les personnes réunies se donnant les nouvelles de la journée ou de la semaine avant de repartir, qui à pied, qui à cheval ou en calèche, dans sa paroisse, sa seigneurie ou son écart d’origine. D’autres viendront plus tard... ou ne viendront pas. Les courriers en instance sont courants et il arrive même parfois qu’ils ne soient pas récupérés après plusieurs semaines ! Le Maître des Postes ayant un droit de garde, celui-ci ne se prive pas de valoriser ce droit passé un certain délai de mise en instance. Il arrive aussi que la malle-poste reprendra son voyage le jour suivant. Cela veut dire que si la Corvée est un relais de Poste, elle sert aussi à héberger les cochers, postillons, destinataires et autres passagers en escale : des logements sont prévus à cet effet au dessus des écuries.

La malle-poste de nos campagnes
La malle-poste de nos campagnes

Une norme prévaut au 17ième siècle : les relais sont construits sur un parcours postal à environ sept lieues l’un de l’autre suivant les régions, soit environ 30 de nos kilomètres actuels ; de là viendrait l'expression "bottes de sept lieues", celles des postillons et des coursiers. Avec la multiplication des relais, de 250 comptabilisés en 1584 sur les principaux axes stratégiques, à 800 au 17ième siècle, à 1400 au 18ième à près de 2000 en 1850, soit à la veille de leur disparition, cette norme a été portée au 18ième à deux lieues, soit onze (11) de nos kilomètres actuels. Le relais de Moulins-Engilbert, qui reçoit les postes et les voyageurs, fait donc partie de ce dernier maillage et se situe sur le parcours de Clamecy à Moulins-sur-Allier, qui comprend six (6) relais : Lormes, Chassy, Château-Chinon, Moulins-Engilbert, les Arreaux et Decize, le parcours entre Decize et Moulins, dans un relief de plaines, étant le plus long. La santé des chevaux en est améliorée, ce qui permet au postillon de ramener les bêtes à vide au relais d'origine. Cela correspond à la possibilité physique d’un parcours d’une demie journée de cheval tractant une remorque plus ou moins lourde, suivant l'état des chemins. Au bas des grandes montées, les relais louent des chevaux ou des bœufs pour renforcer les attelages de passage. Tel est le cas de la Corvée, située à l'orée du Morvan, prévu pour atteindre le relai de Villapourçon. Cette norme, légèrement modifiée, va être reprise lors de la constitution de nos départements actuels, la Nièvre en 1790 : le préfet doit rayonner autour du chef-lieu sur une durée ne dépassant pas un jour de cheval et sur une distance ne dépassant pas les quatre-vingt kilomètres autour du chef-lieu.

Les tenanciers obtiendront par la suite l'autorisation de relayer les chevaux pour les particuliers, sous réserve d'en garder toujours des frais pour la Poste Royale.